(extrait, page 40)
Le dernier combat fut pour Xavier une révélation beaucoup plus importante que les deux précédents. Il était emporté dans un tourbillon extraordinaire, ce n'était plus une lutte mais une danse. L'aire de la cour était à peine suffisante. Il fallait avoir le regard partout à la fois, volter vers la gauche, puis vers la droite, parer des deux mains. Manifestement le garçon ne charchait pas la décision. Il jouait avec une précision et une douceur qui laissait à la science et à l'agilité la totalité de son champ d'action. Sur un faux pas, Xavier sentit soudain son foulard bouger. Il fut tout étonné de pouvoir rompre et de se retrouver encore "vivant". Il eut l'étrange soupçon qu'on venait de l'épargner. Cela lui communiqua une vraie fureur. On le jugeait trop novice pour un vrai combat !
Il attaqua son adversaire si violemment qu'il accrocha la chemise de celui-ci. Une manche craqua. Perdant son équilibre, Xavier heurta du genou un gros pavé, le sang jaillit. Un instant décontenancé Michel s'arrêtait en position mal assurée, quand un bond inattendu de Xavier le renversa. Il sentit distinctement la main du scout contre sa ceinture, le foulard glissa... et il se releva... vivant. Le foulard n'avait bougé que de quelques centimètres.
A deux mètres de là, le scout, les jambes jointes, le saluait impeccablement. Le grand compagnon rougit intensément, puis une lueur de joie passa dans son regard. Il n'avait qu'à s'incliner, on venait de lui rendre sa générosité.
- Approchez vous deux, et serrez-lui la main, dit-il aux deux gosses qui suivaient passionnément les phases de la lutte. Celui-ci sera le premier joueur et le premier Chevalier de sa troupe.
 |
 |
| édition de 1946 - page 145 |
édition de 1977 - page 37 |
|