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Qu’est-ce qui vous a poussé à commencer à écrire votre premier livre ? Aviez-vous dans la tête l’idée de rénover la littérature de jeunesse ? Profitiez-vous du succès naissant des romans scouts ? Mon premier livre: le pur hasard ! Un petit jeu dramatique monté avec Joubert pour une fête de groupe: "Le jeu des Ayacks", un cinéaste enthousiaste qui s’empare de l’idée et veut tourner un film, la commande par ce cinéaste d’un texte romancé à vendre dans les salles de cinéma (cela se faisait à l’époque !) puis l’arrêt du film en panne de financement, un texte qui me reste sur les bras et que je porte à Jacques Michel qui lançait Signe de Piste... et voilà: j’étais devenu écrivain ! Le livre qualifié de révolutionnaire et iconoclaste souleva la fureur des bien-pensants, mais pas celle des jeunes dirigeants Scouts de France, qui me commandèrent sur le champ un deuxième roman: ce fut "le Relais"; j’étais parti pour la gloire (rires) et pour une longue aventure... Je n’ai jamais eu à aucun moment la prétention de "rénover la Littérature de jeunesse" (et Serge Dalens non plus, je pense) alors que nous ne nous considérions que comme les petits et lointains héritiers des grands bonshommes que nous lisions et relisions avec passion: H. Malo, Kipling, Alexandre Dumas, D. de Foë et même les auteurs de ce sous-genre littéraire qu’étaient Buffalo-Bill et Nick Carter soufflant le vent du risque et des grands espaces. Nous n’avons jamais profité du "succès naissant des romans scouts" pour la bonne raison que le succès naissant, c’est nous qui l’avons créé à 90% au moins, ceci n’étant pas dit par orgueil, mais par souci de vérité. A l’époque, les romans de la collection "Belle humeur" ou de Pierre Delsuc étaient considérés comme terriblement ringards et ennuyeux. "Le petit roi de Torla" de Jacques Michel n’avait pas connu un gros succès chez de Gigord. Un seul chef d'oeuvre: "Yug" de Larigaudie, mais Yug est-il un roman scout ? La Bande des Ayacks en 1938 était un livre très osé pour l’époque ! Pour un jeune d’aujourd’hui, il est difficile de s’imaginer le tollé provoqué par sa parution, notamment chez les Scouts de France. Pourriez-vous résumer l’affaire? De plus, la révolte contre "le monde poussiéreux des adultes" n’est-elle pas un peu systématique comme certains auteurs l’ont déjà fait remarquer ? La Bande des Ayacks relate en fait plus la persécution d’une classe sociale par une autre que la révolte de jeunes contres adultes, plus qu’un conflit de générations. En ce sens c’est un livre très moderne (par comparaison avec la guerre des boutons par exemple). Les Ayacks, pauvres gosses promus à la vie des champs ou à l’apprentissage ingrat d’un métier manuel, sont traités en parias par des collégiens arrogants, fils de notables et de parvenus (dans le cadre étroit d’un petit bourg des années 30 au surplus). Or les Scouts de France, à leurs débuts (encadrés par des militaires, des aristocrates et des ecclésiastiques en renom) recrutaient essentiellement dans la classe bourgeoise des "bien pensants". J’attaquais donc et la classe politique en vogue, et le clergé. C’était trop ! Heureusement, on était encore fair play à l’époque et un grand débat fut lancé dans la revue "Le Chef". J’en sortis vainqueur, tellement vainqueur que le Q.G. scout me commanda immédiatement un deuxième roman pour la revue "Scout". C’était un besoin si urgent que, tel Alexandre Dumas, je dus fournir les chapitres dans la cadence de la parution du journal pour aller plus vite. La guerre étant intervenue alors que je rédigeais le 8è chapitre, je dus leur envoyer la fin depuis le front de Lorraine où je me trouvai entre octobre 1939 et février 1940. Le récit parut en livre et en entier alors que j’étais en captivité. Seuls les premiers chapitres étaient illustrés par Joubert. Le mal fut réparé dès 1943, Joubert ayant gagné Lyon puis Paris. Cette révolte de gamins n’est en fait pas aussi périmée qu’elle pourrait le paraître. Simplement le phénomène d’urbanisation qui a transformé les bourgs en villes et l’évolution de l’habitat des campagnes en ont un peu changé les motivations et les modes d’expression. Dans le livre "Les Canards sauvages", j’ai montré que le problème subsistait dans l’optique de l’après Mai 68 et dans les difficultés de l’immigration. Je conseille aux jeunes de lire les deux ouvrages dans la foulée. Ils en tireront un enseignement toujours d’actualité. Actuellement, à combien d’exemplaires "La Bande des Ayacks" et les autres principales oeuvres du Signe de Piste ont-elles été tirées ?
Difficile à dire. Les chiffres avancés ont toujours été un peu fantaisistes. Certains ont même parlé de millions d’exemplaires ! Il eut fallu additionner les comptabilités de 5 éditeurs successifs et du 6è en capilotade à notre égard, ce qui ne fut jamais fait. Je pense qu’il est raisonnable d’avancer le chiffre de 5 à 600.000 pour les Ayacks et les 4 premiers "Eric". Pour les autres livres, des fourchettes comprises entre 50.000 et 300.000 me paraissent plus raisonnables. Quels sont les pays dont les jeunes ont pu lire "La Bande des Ayacks" ? A ma connaissance et sauf erreur, mon livre a été traduit en allemand, espagnol, portugais, italien et, je crois, turc ou grec, ou les deux. Pour le portugais, c’était tantôt Lisbonne, tantôt le Brésil. Les Anglais et les Américains se considérant comme des maîtres en littérature de jeunesse n'achètent que très rarement des droits étrangers. Comment, quand, pourquoi vous est venue l’idée du concept du "Pays Perdu" ? Il faut lire le tome 1 de mes mémoires "Un si long orage". Des jeunes d’aujourd’hui n’ont aucune notion, je pense, de ce que fut le changement de société en France en un demi-siècle. Dans le village de Franche-Comté où je passais mes vacances, et où j’avais trouvé refuge, âgé de deux ans à la déclaration de guerre 1914, (si l’on se situe en 1929, j’ai donc 17 ans) on vivait en famille. Toute une ribambelle de cousins et cousines d’âge voisin. Mais il ne passait que peu d’étrangers. Le village n’était relié au monde extérieur que par l’antique "tacot" départemental (petit train sur route) qui reliait Dole à Gray, et faisait halte au chef lieu de canton distant de 3 km. La minuscule épicerie du village ne vendait guère que la farine de maïs, le sucre en pain, les haricots secs, la mélasse et les sabots de caoutchouc. Le reste de l’alimentation était assuré par une voiture à cheval qui passait une fois par semaine, d’où l’importance de la pêche et des potagers des paysans voisins... Ne passaient guère sur la route que de très rares véhicules automobiles, outre les chars et voitures à chevaux, celui du châtelain (une antique Chenard & Walker), du notaire ou du médecin du chef-lieu. Lorsque mon père m’offrit ma première voiture à la suite de mes succès en licence de droit et aux "Sciences Politiques" en 1932 (une superbe Citroën C4 G Cygne moteur flottant) tout le monde savait une demie-heure après, que je m’étais rendu au village voisin, car la poussière n’était pas encore retombée sur la route. Si vous ajoutez que nos villages sont bordés par la rivière la plus sauvage du Centre Est: l’Ognon, une rivière qui va être massacrée par le passage du T.G.V. Rhin-Rhône, et au coeur d’immenses massifs forestiers, le troisième de France, vous concevez qu’on ait pu croire au coeur d’un Pays Perdu. Sans doute ai-je pour les besoins de l’intrigue introduit dans "La Bande des Ayacks" un gros bourg (Sélestat où je faisais mon service militaire en 1935) mais je vous garantis que le gros bourg Alsacien avait des côtés très désuets et n’était pas encore totalement avalé par la fièvre touristique qui devait suivre la guerre. Pourquoi avoir changé de pseudonyme pour "Le trésor de la Sonora"? Que sont devenus "L’énigmatique monsieur Su", "Les gitans" et "Sabotage au grand prix" ? Ces récits qui étaient destinés à être illustrés par Joubert pour les besoins d’une firme commerciale sont très secondaires dans mon oeuvre. Ils ne sauraient être publiés sans d’énormes travaux de ravalement et je livre bien volontiers le sujet à qui s’y attacherait, sans réclamer de droits d’auteur. Je préférerais aujourd’hui écrire un nouveau "Chat-Tigre" ou des Contes dans le style de Pagnol qui s’ajouteraient à mes "Contes du Pays-Perdu". Avec Le lys éclaboussé, vous vous lanciez dans le roman de "fiction historique". Quelle est la place de l’Histoire dans ce roman ? Pourquoi avez-vous entrepris l’écriture de ce chef d'oeuvre ? J’ai toujours aimé l’Histoire et surtout les énigmes historiques non résolues (cf. "Relais", "Forêt qui n’en finit pas", "Panique sur la butte", "Mik et la pierre du soleil"...). Le "Lys" est le résultat de ma lecture attentive des ouvrages de Eric Muraise et X.B. Leprince, en réalité le Colonel Suire, et de mes longues conversations avec ce dernier sur l’énigme du dauphin martyr. De toutes les hypothèses qu’il évoquait notamment dans "Les sept portes du Temple et les six morts de Louis XVII", la seule un peu crédible et dont les détails s’harmonisent est l’hypothèse auvergnate. L’évasion très précoce dans les paniers de linge du ménage Simon (considérée comme la seule possible), le nom de l’unique gardien de garde au jour de cette évasion: "Ojardias", gardien que l’on retrouve en Auvergne. Passage probable dans une cachette chez le banquier des réseaux royalistes du petit val, à Ivry, massacre atroce de toute cette famille par la police de Fouché à l’exception d’un enfant caché dans le parc touffu, etc... etc... J’en savais assez long pour me rendre dans le Forez et pour y rencontrer un chercheur d’Ambert (M.Etienne que j’ai appelé à tort Colonel Etienne) qui avait fourni une forte documentation à X.B. Leprince. Et là aussi, j’ai été éberlué du grand nombre de convergences: jeunes maquisards, effort énorme de la coalition d’Auvergne, des royalistes pour protéger, surveiller ce secteur, exécution d’Ojardias qui menaçait de trahir, etc... etc... J’arrête là car je raconterais tout le livre. Il faut le lire et je conseille surtout au jeune lecteur de se rendre dans le Forez au village de Viverols (peu éloigné de la Chaise-Dieu, beau site à voir). Il reviendra bouleversé de sa visite à Viverols et aux gorges de l’Oulette, paysage fantastique et inoubliable. J’ai écrit ce livre car je ne voulais pas laisser perdre cette conviction et cette émotion qui m’avaient saisi. Antoine de Briclau (qui a écrit un très beau S.D.P. qu’il faudra rééditer un jour) m’a aidé, en se rendant lui même aussi sur les lieux, à mettre au point les péripéties complexes et mouvementées de cette épopée. Dans quels buts vous êtes-vous décidé à écrire votre autobiographie? Quel est l’apport de ces ouvrages pour le lecteur ?
Cela s’est passé en deux phases: Ce que j’aime le plus dans mes livres, c’est moins l’aventure que l’humour. Je me relis rarement moi-même, mais si je le fais de loin en loin, c’est pour éclater de rire à certains passages des Ayacks, des Galapiats, de Mik et la pierre du soleil, etc... Humour et poésie me paraissent transcender les péripéties fatalement banales et même le comportement de mes héros. Hors du roman de fiction, je me suis aperçu que je pouvais raconter mon enfance, mon adolescence ballottées entre Lorraine, Comté, Paris... en faisant rire sur mille détails, en donnant au surplus une signification philosophique et politique très forte à l’action de cette jeunesse écartelée entre paix et guerre dans cette terrible période 1920-1940. En ce sens, j’étais dans la tradition de Pagnol et de Bernanos. Le deuxième tome n’est venu que plus tard. J’ai eu brusquement conscience d’avoir vécu entre 1942 et 1945 en Allemagne une expérience que peu de Français avaient vécu: celle d’une mission au service des jeunes Français asservis au travail obligatoire et spécialement des "Chantiers de la Jeunesse", issus du scoutisme. Conscience d’avoir été aussi un témoin privilégié des derniers sursauts de la guerre, du bombardement de Dresde (300 000 morts), de la rencontre historique des Russes et des Américains au coeur de la Saxe. En ce sens, oui, je livre au lecteur un message personnel mais aussi un message de valeur historique. Quel est l’ouvrage que vous préférez dans votre oeuvre ? Difficile à dire, car je les aime tous à des titres différents: les uns pour une certaine perfection de style obtenue (Grenouille, Contes du Pays Perdu, Ayacks...), les autres pour le message délivré (Foulard de sang, Forts et Purs, Glaive de Cologne, Un si long orage...), les derniers pour l’humour qui me remplit toujours d’une intime satisfaction: Forêt qui n’en finit pas, Chat-Tigre... Celui qui vous a pris le plus de temps en rédaction ? Impossible à dire car, quand cela ne marchait pas, je m’arrêtais et repartais un ou deux mois plus tard... Donc le temps consacré à l’écriture pure était à peu près toujours le même. Aujourd’hui, l'Ordre du Foulard de Sang est toujours vivant. Comment a-t-il été relancé ? Quelle place occupez-vous dans l'ordre ? Je pourrais ne pas répondre, car l'ordre est un ordre secret, mais secret ne veut pas dire clandestin. L’ordre fondé par Joubert et moi en 1935 dans les gorges de l’Hérault a perduré durant très longtemps pendant la guerre et après la guerre. Les chevaliers adoubés par nous devenaient chefs d’unités scoutes et trouvaient enthousiasmant de transporter dans leur troupe certains rites nés dans la chaleur des très grands jeux que nous avions mis au point à la manière décrite dans le livre. L’idéal de chevalerie était embryonnaire, mais bien présent et renforcé par des cérémonies secrètes. Le courage, la largesse, la fraternité paraissaient des valeurs qui transcendaient les habitudes et les techniques de l’époque. Combien de chevaliers furent ainsi créés dans la tradition de cet ordre premier ? Sans doute plusieurs centaines. Il n’est pas rare aujourd’hui de rencontrer des garçons de divers âges qui portent le ruban rouge au ceinturon et qui, naturellement, ne sont pas bavards sur l’origine de leur distinction (secret oblige). Dans les années 75, sept à huit garçons de 15 à 18 ans, écoeurés de flotter dans les unités scoutes en perdition (on était dans les années noires du scoutisme post guerre d’Algérie et post soixante-huitardes) décident en partant du livre qu’ils admirent, de donner un nouveau sens à leurs rencontres et de creuser l’idéal chevaleresque qui les fascine. Pour la plupart lorrains, ils sont vite rejoints par d’autres garçons venus de Savoie, de Provence, de Côte d’Azur, de la région lyonnaise et parisienne... Cet effort soutenu débouche très vite sur un ordre beaucoup plus structuré qui possède désormais ses exigences d’entrée, ses rites d’adoubement, sa charte fondamentale, ses fréquences de fonctionnement... Dans cet ordre rénové (qui a beaucoup bénéficié des travaux de G. Duby sur la chevalerie historique) je joue, vu mon âge, le rôle de personnage immobile et muet, à l’image du Roi Arthur, qui peut donner de ci, de là une orientation ou un conseil. L’action et la gestion de l’ordre appartiennent à un groupe de Chevaliers-maîtres qui se cooptent et se chargent, entre autres tâches, du suivi des candidatures qui sont examinées avec le plus grand sérieux. Je suis aussi fatalement la boîte aux lettres à l’origine, puisque je suis, de par le livre, la seule personne que l’on peut atteindre. Ne cherchez pas sur Internet; l’ordre n’a pas de site. Ni sur le Minitel a fortiori. Comment définiriez-vous la collection et l’esprit Signe de Piste? Je dirais que l’apport essentiel et original de Signe de Piste est d’avoir privilégié des héros jeunes, de l’âge du lecteur, au lieu d’avoir privilégié des hommes forts, musclés, intrépides, victorieux en toute circonstance (Tarzan, Bob Morane, Tanguy, Malto Cortèse...). Cet apport s’appuie sur le scoutisme qui sort le gosse du cercle étroit de la famille et de l’école, pour le projeter dans l’aventure de plein vent: forêts, rivières, montagnes, explorations, tempêtes, dangers éventuels à surmonter. Nous n’avons pas magnifié Saint Louis ou Richard Coeur de Lion, mais Baudoin de Jérusalem (15 ans). Nous n’avons pas raconté la vie de Louis II de Bavière ou de Rodolphe de Habsbourg, mais celle du Prince Eric de Swedenborg (16 ans). Le meneur de nos enquêtes policières n’est pas Maigret mais Mik "le Chat-Tigre" (15 ans). Dans le récit de marine, nos héros sont des mousses ou des midships (La Capricieuse, Le Mousse de la Santa Maria, Juanita et ses pirates, l’héritier des mers du Sud...). Dans les querelles civiles ou nationales, les plus intrépides combattants ont de 14 à 18 ans (La plaine rouge, la patrouille des Saints Innocents, Sang et Or, Loups de mer, Ephélia, Les loups de la rivière rouge...). Nous n’avons pas évoqué Louis XVI, mais Louis XVII, l’enfant martyr... Ce fait, joint à la capacité de Pierre Joubert de représenter ces héros jeunes en beauté, en force, en majesté et même les plus minables et défavorisés avec éclat et émotion (Faon, Baudoin, Loulou, Furet...) a assuré le succès, pour ne pas dire le triomphe d’une collection durant un demi siècle. Ce triomphe ne s’éteindra pas brusquement en l’an 2000, n’en déplaise à Monsieur Fleurus ! Pour l’esprit, on peut dire aussi que nous avons privilégié des vertus qui ne sont pas courantes: l’amitié, poussée en certains cas jusqu’au sacrifice ou à l’héroïsme, la fraternité, les vertus chevaleresques d’honneur, de courage, de largesse, de liberté... Nous apportons un vent des cimes là où la plupart des collections pour la jeunesse se complaisent dans les descriptions fastidieuses des ratés de la vie moderne: querelles familiales, désordre des banlieues, animosité de collèges, problèmes sexuels faussés... sous prétexte de "coller à la vie", en oubliant que quand un jeune saisit un livre, c’est plutôt pour se distraire ou pour s’élever que pour se voir replongé dans la mélasse quotidienne. Les grands textes du passé, même quand ils étaient empreint de réalisme (Dickens, M.Twain, Hector Malo, Comtesse de Ségur...), n’ont été sauvé de l’oubli que parce qu’ils contenaient une forte dose d’humour et de poésie. C’est une leçon que tous nos auteurs avaient retenue. Depuis 1937, S.D.P. a changé 6 fois d’éditeur. Plus que jamais, il semble aujourd’hui menacé (aucune parution depuis 96) et de nombreux titres quittent la collection. Quel peut-être l’avenir du S.D.P. ? Le label est-il encore viable ? Oui, le Signe de Piste a connu 6 éditeurs, mais les 5 premiers, même s’ils commirent des fautes, avaient conscience des exigences, tant dans le choix que la promotion ou la régularité de parution d’une grande collection destinée à l’adolescence, et donc de l’effort à consentir pour une série riche mais délicate à manipuler. Le sixième malheureusement n’a rien compris à rien. Il disposait de moyens considérables pour une importante relance (le produit des écrits du Pape à la maison Mame). Il abandonna de son propre fond des best-seller de la jeunesse qu’étaient les séries à succès: Thierry de Royaumont, Chevalier de Saint-Clair, Baudoin de Jérusalem, Sylvain et Sylvette... fers de lance des éditions du Triomphe aujourd’hui. Il a accroché Signe de Piste comme un wagon de guerre à un énorme train de productions destinées à la petite enfance sans lui réserver la moindre chance de vie propre ! Mais je suis fermement convaincu que l’esprit Signe de Piste et l’héritage des auteurs SDP sont immortels. Le label commercial Signe de Piste n’a aucune valeur s’il est vidé de son contenu, ce qui est le cas. Il ne faudra pas longtemps aux jeunes de la France entière et même de l’Europe, qui nous ont connu à travers leurs parents et amis répartis sur plus de trois générations pour savoir que tel Signe de Piste est réédité au Triomphe, chez Carrick, chez Elor, chez Héron... et beaucoup d’autres qui vont se présenter en se bousculant même au portillon. Il sera plus avantageux demain pour un auteur d’être "ex Signe de Piste" que Signe de Piste nominal dans une barcasse en perdition. Le label commercial s'effondrera, le label moral subsistera et s’envolera. Les groupes associatifs naturellement joueront un rôle de plus en plus important pour orienter, renseigner, rassembler autour des auteurs et des livres une clientèle avide de ce type unique de littérature. Le phénomène est de toute façon général dans tous le marché du livre contemporain. Les libraires écrasés par les mastodontes industriels de l’édition remplissent de moins en moins bien leur rôle de fournisseur de produits culturels de qualité, produits par de petites maisons qui n’ont pas les moyens de pratiquer un matraquage publicitaire. Des pays entiers fonctionnent d’ailleurs sur des systèmes parallèles et sur la vente par correspondance: Canada, Belgique, Allemagne pour partie, etc... La continuation de notre succès, même par des moyens plus difficiles à mettre en oeuvre est inéluctable. Le Signe de Piste vivra et triomphera. Quels pouvoirs aviez-vous réellement en tant que co-directeur du SDP ? Pouvoirs énormes durant tout le temps de la direction d’Alsatia 1954-1974. Nous choisissions librement, Dalens et moi, tous les textes à publier, le Directeur Général à Colmar s’était réservé un droit de veto qui ne s'exerça jamais. C’est nous même qui en certaines circonstances avons accepté de demander conseil à des autorités ecclésiastiques libérales: le R.P. Rimaud, l’abbé Charrière (J. Valbert). Durant la période Safari (1971-1974) (N.D.L.R. période d’association Alsatia/Hachette), Dalens eut quelques démêlés avec Bernard de Fallois (Hachette) non à propos des textes mais à propos des dessins ou des couvertures. Durant la période Epi-Jeunesse (1975-1981), nous avons retrouvé la liberté totale de choix. Après 1981, Alain GOUT exerça un certain pouvoir de décision, avec notre accord, mais la situation devint vite chaotique au plan matériel du fait de la stupidité des éditeurs. Propos recueillis par Eric Bargibant.
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